IL existe un adage commun chez les Berbères, qui dit que « le musicien de la tribu n'attire pas les foules » Ceci est vrai dans une société, où la distance créé un environnement euphorique, et où la passion se mêle à l'illusion, d'autant que la notion de substance physique n'y apparait plus. Du moins, de manière factice. On est davantage attiré par des images, qu'on a créé nous même. Une personne rencontrant une autre, se fait une idée très rapide, de son éventuel partenaire, mais l'attirance n'a rien de particulier dans ce cas d'espèce, car la personne s'est rapidement dévoilée.
Alors la toile créé une ambiance latente et dérisoire, elle attire la cohue, car elle fascine, fait croire à la rencontre d'une personne hors pair, qui derrière son écran se dévoile sous un nouveau jour, sous une nouvelle aire, qui conduit le courtier en mariage, à se faire des idées supra-humaines de ce qu'il va considérer comme sa dure moitié. Ce n'est pas la personne qui nous fascine, mais l'idée qu'on se fait d'elle. En ce sens, on a déjà dressé un tableau de cette e-personne, qui quand elle nous confirme de ce qu'on espère d'elle, ne fait que confirmer la règle. Et pour qu'une personne puisse s'agonir, elle a besoin d'être lâché par son tee-shirt. En d'autres termes, le web est une armée, dont les soldats, vous tiennent ; soit en émoi, soit en désespoir, par la chemise.
La toile créée une sorte de groupe homogène, dont la qualité est parfois surréaliste, voire, relève parfois du fantasme. C'est comme le religieux qui est fasciné par des personnages, ou des histoires, qu'il n'a jamais vus, croie en leur légitimité, ne remet jamais en cause leur suprématie. Alors les défauts se dissipent au profit des qualités surreprésentées. Similairement, l'internaute croie davantage, en une fiction qu'en une réalité, devenue futile. Il créé une hiérarchie virtuelle, et comme toute hiérarchie, l'on ne peut la remettre en cause, si non au prix d'isolement rebutant. Il est à la fois l'acteur et le spectateur de ces rencontres, devenues en quelques décennies, très en vogue. Il participe néanmoins à la consolidation de cette pyramide gigantesque, que l'on appelle Internet. Et comme il se compare à sa dure moitié, il est toujours en position de défaite, pourquoi ? Tout simplement, sa supposée femme, délivre souvent, et de manière admirative, des messages enivrants, et exempts de tout soupçon. Le personnage compare la réalité et la fiction. Donc, la fiction l'emporte d'une majorité écrasante, sur la réalité. On ne peut comparer la réalité et la fiction, comme le prouve toutes les sciences du monde, que l'on ne peut additionner des carottes avec des x. Il suffit de recenser les milliers de pages et les milliers de sites ajoutés chaque jour, pour y voir plus clair. Sur le terrain, c'est toujours la première impression, qui nous aide à trouver un compromis, voire une solution sur le champ. Ceci est valable pour chacun du couple. On ne prête trop attention aux autres qualités, compte tenu de l'effervescence de l'image dans une société, de plus en plus en quête, de l'état parfait. Mais, sur le net, c'est une autre affaire, car on vous vend des qualités supposées réelles. Ajouté à cela, la musique et le style de rédaction de la personne derrière sa vitrine virtuelle vous font passer de l'autre côté de la rive.
Cela a pour conséquence, la croyance d'une personne que vous êtes prêt à admettre, la connaitre seulement vous ! C'est uniquement sur le style et la forme, que se joue la compétition. La forme, contrairement au fond, est facile à établir. Si on élisait un candidat à la présidentielle, uniquement sur sa tenue vestimentaire, les 60 millions de français seraient potentiellement présidents. Combien de personnes utilisent des moyens, pour le moins inattendus, pour attirer, faire jubiler et susciter l'admiration. Ces moyens vont du simple pseudonyme jusqu'à la délivrance d'une information sur les diplômes. On donne souvent des noms alléchants à consonance moderne, et qui déclenche un son agréable à entendre par l'oreille. Au moins, l'internaute a acquis une première qualité, comme si le nom déterminait la beauté, alors on reste attelé à une image de belle femme mince, brune et bourrée de diplômes. Tout cela est acquis grâce à un joli prénom! Surtout, quand on a entendu des prénoms similaires concernant des femmes, dont les qualités attisent le plus vaniteux des hommes. Quelle coïncidence ! Dans cette situation, l'avantage profite à la fiction.
Le langage fondé sur la messagerie instantanée est l'une des illustrations les plus exemplaires, où la réalité se dissipe dans la fiction et la relation physique se dissout dans les millions de déclarations superficielles, sinon artificielles. On ne manquera pas de demander, avant même de connaitre la personne, les photos. Mais à quelle condition ? C'est pour une raison évidente, celle qui consiste a demander des photos, que quand on est sur d'être admiré, puisque, on n'hésite pas à faire étalage de sa vie privé, en montrant les photos les plus glamours, choisis soigneusement, que même les plus humbles et les ardents défenseurs de la religion et de la morale, cèdent aussi aux caprices d'internet, au seul mépris des personnes ne voulant pas jouer dans la cour virtuelle. Les personnes refusant de montrer les images, sont aussitôt accusés de ne pas être beaux, car cela fera fuir les femmes les plus religieuses, et celles qui veulent cumuler admiration et religiosité.
Un exemple tiré d'une expérience réelle, où on a demandé à un homme s'il a déjà communiqué sur le web pour rencontre sérieuse. L'homme a admis qu'il a déjà fait connaissance avec une femme. Rien d'anormal au début, jusqu'à ce qu'elle demande des photos à l'homme, alors il consent à sa demande, et la femme fait de même, en envoyant à son tour ses photos. L'homme n'a découvert les images que deux jours plus tard, avec déjà deux mails. Le dernier mail est révélateur de la faiblesse de l'esprit humain. Elle se voyait déjà en position de faiblesse, car elle a supposé que l'homme ne la trouvait pas belle, et elle ne manquait pas de le rappeler dans son dernier mail, en lui suggérant de le lui dire, si elle ne correspondait pas à ses critères. En revanche, l'innocent homme n'avait, en réalité, pas encore lu les mails. Ce qui rendait la situation délicate, et qu'à tout moment, le moindre décalage de temps et le moindre péril, peut engendrer des signes d'angoisse.
Tout cela pour admettre, que nonobstant ces aléas, le web reste un des moyens les plus utilisés pour trouver sa douce moitié, et que la morale et la sacralité s'effacent au profit de l'attirance physique. Au moins sur ce point, la toile se rapproche de l'empirisme.